
Dans un contexte social difficile, marqué par la précarité économique, l’isolement des zones rurales et l’effritement du tissu social, une initiative citoyenne vient raviver l’espoir dans la deuxième section communale d’Ennery. Ce jeudi 1er janvier 2026, à Passe-Reine, des membres de la société civile, des notables, des jeunes, des personnes vulnérables et des ressortissants de la diaspora se sont réunis autour de la première édition du mouvement social « Passe-Reine se Pa M », à l’occasion d’une konbit soupe joumou organisée dans une ambiance de solidarité et d’inclusion.
Au-delà de la célébration du 222e anniversaire de l’Indépendance d’Haïti, cette activité se voulait un acte citoyen fort, visant à renforcer la cohésion sociale et à poser les bases d’un engagement communautaire durable dans cette zone rurale du département de l’Artibonite.
Une 1re édition placée sous le signe de la solidarité

Dès les premières heures de la journée, l’espace retenu pour l’activité s’est transformé en un véritable lieu de rencontre communautaire. Femmes, hommes et jeunes se sont mobilisés pour préparer la soupe joumou, symbole historique de liberté, accompagnée de café, de chocolat chaud et de cocktails traditionnels. L’ambiance, à la fois festive et fraternelle, traduisait l’esprit de konbit qui a guidé l’organisation de cette première édition.
Pour les initiateurs, cette activité n’était pas un simple événement ponctuel, mais bien le lancement officiel d’un mouvement social appelé à s’inscrire dans la durée.
« Pou nou menm, 1re edisyon Passe-Reine se Pa M lan se pa sèlman yon selebrasyon, se yon deklarasyon angajman anvè kominote a », explique Montas Ilane Clervil.
Un mouvement porté par la société civile et la diaspora

Le mouvement Passe-Reine se Pa M est né de la volonté conjointe de notables locaux, de jeunes leaders communautaires et de fils et filles de Passe-Reine vivant à l’étranger. Ensemble, ils ont souhaité créer une structure citoyenne capable de répondre aux besoins concrets de la population, en dehors de toute affiliation partisane.
Montas Ilane Clervil, mairesse adjointe de la commune d’Ennery, coordonnatrice de SOFA à Ennery et membre du mouvement, souligne l’importance de cette dynamique collective.
« Mouvman Passe-Reine se Pa M lan pran nesans ak notab yo, ak jèn Passe-Reine yo, ansanm ak pitit zòn nan ki nan dyaspora a, paske nou pa kapab kontinye tann solisyon yo vini sèlman soti deyò», affirme-t-elle.
Selon elle, la communauté doit aujourd’hui se doter de ses propres outils pour impulser le développement local.
La soupe joumou, symbole de mémoire et de mobilisation

Le choix du 1er janvier et de la soupe joumou s’inscrit dans une logique de mémoire historique. En Haïti, ce plat emblématique rappelle la victoire des esclaves et l’avènement de la liberté en 1804.
Pour Montas Ilane Clervil, marquer cette date à travers une activité communautaire est une manière de donner un sens contemporain à l’héritage des ancêtres.
« Chak dat kle yo, n ap òganize yon aktivite pou make dat sa yo, menm jan nou fè l pou 1ye janvye a avèk konbit soup joumou a. Se yon fason pou n raple tèt nou libète a mande angajman chak jou», a-t-elle martelé.
Les bénéficiaires au cœur de la 1re édition

L’un des axes majeurs de cette première édition a été l’attention portée aux personnes les plus vulnérables de la zone. Les organisateurs ont fait le choix délibéré de cibler prioritairement les personnes âgées, les personnes paralysées et celles vivant dans une extrême précarité.
« Pou 1ye edisyon Passe-Reine se Pa M lan, nou te fè chwa konsyan pou mete moun ki pi vilnerab yo nan sant aktivite a », précise Montas Ilane Clervil.
Elle insiste sur le fait que personne ne devait être laissé pour compte.
« Moun nou te sible yo se granmoun yo, moun ki paralize yo ak moun ki vilnerab yo. Nou pa t vle pèsonn rete sou kote pou 1re edisyon sa a», souligne-t-elle.
Afin de garantir une couverture équitable, des équipes ont été mobilisées pour rejoindre les bénéficiaires dans l’incapacité de se déplacer.
« Nou te gen moun ki deplase espesyalman pou pote soup joumou an bay benefisyè ki pa t kapab deplase yo lakay yo. Se sa 1re edisyon Passe-Reine se Pa M lan vle reprezante : solidarite an aksyon», ajoute-t-elle.
Un financement basé sur la contribution communautaire

Dans un contexte économique difficile, l’organisation de cette activité a reposé exclusivement sur la solidarité communautaire. Aucun financement institutionnel n’a été sollicité pour cette première édition.
« Pou nou jwenn mwayen pou òganize aktivite sa a, se kontribisyon tout moun. Chak moun mete sa yo genyen, ansanm ak pitit zòn nan ki nan peyi etranje ki kontribye pou fè 1re edisyon an posib», explique la mairesse adjointe.
Cette approche participative renforce le sentiment d’appropriation du mouvement par la communauté locale et par la diaspora.
Des perspectives au-delà de la 1re édition

La konbit soupe joumou du 1er janvier 2026 n’est que le point de départ d’un programme plus large. Le mouvement Passe-Reine se Pa M prévoit déjà plusieurs activités destinées à toucher l’ensemble des couches sociales de la deuxième section communale.
« Apre 1ye edisyon sa a, nou pral kontinye ak lòt aktivite : pak pou kominote a, fèt agrikilti, fèt drapo a, fèt manman yo ak lòt dat senbolik ankò », annonce Montas Ilane Clervil.
Ces initiatives s’inscrivent dans une vision axée sur l’agriculture, l’environnement, la formation et le renforcement du vivre-ensemble.
Un appel clair à la jeunesse

La jeunesse occupe une place centrale dans la vision du mouvement. Pour les initiateurs, elle représente le principal moteur du changement social.
« Nou lanse yon apèl bay tout jèn nan zòn nan pou vin angaje yo nan Passe-Reine se Pa M, paske se yo ki avni kominote a », déclare Montas Ilane Clervil.
Elle estime que l’implication des jeunes est indispensable pour assurer la continuité et l’impact des actions futures.
Un signal d’espoir dans un contexte national difficile

Dans un pays confronté à une crise multidimensionnelle, la 1re édition de Passe-Reine se Pa M apparaît comme un signal fort. Elle démontre que, malgré les difficultés, des communautés rurales continuent de s’organiser pour préserver la solidarité et bâtir des alternatives locales.
À Passe-Reine, la soupe joumou du 1er janvier 2026 n’a pas seulement nourri les corps. Elle a aussi ravivé l’espoir et posé les bases d’un mouvement citoyen qui entend transformer durablement la vie communautaire.





