
Quatre jours après l’assassinat brutal de Sergely Fleurinord, alias Resan, aucune arrestation n’a été annoncée, aucune communication officielle du TPI des Gonaïves structurée n’a été rendue publique et l’enquête demeure entourée d’un silence pesant. Aux Gonaïves, cette absence de réponses alimente l’inquiétude, la colère et un profond sentiment d’abandon au sein de la population.
Les faits remontent à la nuit du samedi 17 au dimanche 18 janvier 2026. Sergely Fleurinord, employé au greffe du Tribunal de Première Instance des Gonaïves, a été intercepté dans la zone de Labadee par des individus non identifiés. Selon plusieurs témoignages concordants, la victime aurait été retenue de force et aurait tenté de se défendre verbalement en clamant son innocence : « Mwen pa vòlè ».
Une tentative de sauvetage qui tourne au drame
Toujours selon des témoins, un policier, Simon Wildor, passant dans la zone et alerté par l’attroupement, serait intervenu après avoir reconnu la victime, connue dans le quartier pour sa probité et son comportement irréprochable. L’agent aurait tenté de soustraire Sergely Fleurinord aux mains de ses agresseurs. Cette intervention lui a presque coûté la vie : il a reçu un violent coup de machette et n’a dû sa survie qu’à une fuite in extremis.
Quelques heures plus tard, au petit matin, le corps de Sergely Fleurinord est retrouvé. La scène est d’une violence extrême : la tête tranchée, les deux bras ligotés derrière le dos. Une exécution qui choque la conscience collective et plonge la Cité de l’Indépendance dans une stupeur profonde.
Une victime unanimement décrite comme irréprochable
Pour l’histoire et pour la vérité, toutes les personnes interrogées collègues, voisins, connaissances dressent le même portrait de la victime. Sergely Fleurinord est décrit comme un homme serviable, respectueux, discret, sans antécédents judiciaires ni implication dans des affaires douteuses. Aucun élément crédible ne vient étayer l’hypothèse d’un acte lié à un quelconque méfait commis par la victime.
Cette unanimité renforce le caractère tragique de l’affaire : il s’agit manifestement de la mort d’un innocent, emporté par une violence aveugle qui frappe sans discernement.
Le silence du Tribunal de Première Instance pointé du doigt
Au-delà de l’horreur du crime, l’attitude des institutions judiciaires suscite de vives critiques. Quatre jours après les faits, le Tribunal de Première Instance des Gonaïves, auquel appartenait la victime en tant qu’employé du greffe, n’a publié aucun communiqué officiel détaillant l’état de l’enquête ou les mesures prises. Aucun point d’information publique n’a été organisé pour rassurer la population ou la famille de la victime.
Ce silence institutionnel est d’autant plus troublant que le crime vise un agent interne de l’appareil judiciaire. Pour de nombreux observateurs, cette absence de réaction visible affaiblit davantage une confiance citoyenne déjà fragile envers la justice. « Si la justice peine à réagir lorsqu’un de ses propres employés est assassiné de manière aussi atroce, que peut espérer le simple citoyen ? », s’interroge un habitant du centre-ville.
Une insécurité persistante dans la Cité de l’Indépendance
Le meurtre de Sergely Fleurinord s’inscrit dans un contexte plus large de recrudescence de la violence aux Gonaïves. Au cours de la même semaine, plusieurs corps ont été découverts dans différents quartiers de la ville, présentant des traces évidentes de brutalité. Ces décès successifs, combinés à l’absence d’arrestations rapides, nourrissent le sentiment que l’impunité s’installe durablement.
Des acteurs de la société civile dénoncent un système où la lenteur judiciaire, le manque de communication et l’insuffisance des enquêtes visibles encourageraient indirectement la répétition des crimes. « Quand les criminels ne sont ni identifiés ni arrêtés, le message envoyé est clair : on peut tuer sans conséquence », déplore un responsable communautaire.
Des attentes fortes envers les autorités
Face à cette situation, la population attend des actes concrets. Les attentes sont multiples : une enquête approfondie et transparente, des arrestations rapides fondées sur des éléments probants, la protection des témoins et une communication régulière des autorités judiciaires et policières. Pour de nombreux citoyens, il ne s’agit pas d’un appel à la vengeance, mais d’une exigence de justice et de sécurité.
Des juristes rappellent que le Tribunal de Première Instance, en coordination avec la police judiciaire, a la responsabilité de démontrer que l’État reste fonctionnel et capable de protéger ses citoyens. La restauration de la confiance passe, selon eux, par des signaux forts : transparence, diligence et respect des droits fondamentaux.
Une ville à la croisée des chemins
Berceau historique de l’Indépendance haïtienne, Gonaïves traverse aujourd’hui une période critique. L’assassinat de Sergely Fleurinord agit comme un révélateur brutal des failles du système sécuritaire et judiciaire local. Entre peur, colère et lassitude, la population se demande combien d’innocents devront encore tomber avant qu’un véritable sursaut institutionnel ne se produise.
Une chose est certaine : sans réponses claires, sans justice rendue et sans fin à l’impunité, la violence continuera de saper les fondements sociaux de la Cité de l’Indépendance. L’affaire Sergely Fleurinord est désormais un test majeur pour les autorités locales et nationales, appelées à prouver que la loi peut encore prévaloir sur la barbarie.





