
La nuit du dimanche 23 au lundi 24 août restera comme l’une des plus meurtrières de ces derniers mois à Kenscoff. Une attaque attribuée à Viv Ansanm a fait plusieurs dizaines de morts, notamment parmi des personnes déplacées qui avaient trouvé refuge dans une église. Le bilan provisoire continue d’évoluer : l’ONU fait état d’au moins 47 morts et de 22 blessés, alors que certaines sources locales avancent un bilan supérieur à 50 victimes.
Cette nouvelle tragédie soulève de graves interrogations sur la capacité des autorités haïtiennes à assurer la protection de la population et à empêcher les groupes armés d’étendre leur emprise sur le territoire.
L’échec de la stratégie sécuritaire en question

La répétition des attaques meurtrières à Kenscoff alimente les critiques contre la direction de la Police nationale d’Haïti (PNH). André Jonas Vladimir Paraison, directeur général de la PNH, s’est rendu à Kenscoff après l’attaque, alors que la population venait de subir une nouvelle vague de violences.
Pour de nombreux observateurs et citoyens, cette situation traduit les limites d’une stratégie qui semble souvent intervenir après les attaques plutôt que de parvenir à les prévenir. Kenscoff avait déjà été la cible de plusieurs attaques au cours des derniers mois, ce qui renforce les interrogations sur la capacité des forces de sécurité à anticiper les offensives des groupes armés.
Dans cette perspective, la responsabilité du leadership sécuritaire de la PNH mérite d’être examinée publiquement, notamment sur les questions de renseignement, de prévention, de déploiement des unités et de protection des populations vulnérables.
Le gouvernement Fils-Aimé face à ses responsabilités
Le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé est lui aussi confronté à de fortes critiques. L’exécutif a annoncé le renforcement du dispositif de sécurité à Kenscoff et affirmé vouloir rétablir l’autorité de l’État dans la commune.
Mais pour une partie de la population, les déclarations et les renforts annoncés après les massacres ne suffisent plus. La question centrale demeure : comment empêcher que de telles attaques se reproduisent ?
L’échec ne doit donc pas être évalué uniquement à partir de la réaction des autorités après une attaque, mais également à partir de leur capacité à anticiper les menaces, protéger les populations et empêcher les groupes armés de consolider leur contrôle.
Jacques Ader, une alternative à considérer ?

Dans ce contexte de crise sécuritaire, le nom du commissaire divisionnaire Jacques Ader revient dans le débat public comme celui d’un responsable policier dont certains estiment qu’il pourrait apporter une réponse opérationnelle différente.
Jacques Ader a notamment dirigé la Direction départementale de l’Ouest-1 (DDO-1) avant d’être remplacé en mars 2026. Son départ avait suscité des réactions de certains secteurs de la population, qui contestaient cette décision.
Pour ses partisans, son expérience opérationnelle et sa connaissance du terrain constituent des arguments en faveur d’un retour à des responsabilités importantes au sein de la PNH.
Cependant, présenter son éventuelle nomination comme une solution certaine à la crise sécuritaire serait prématuré. La situation haïtienne exige également des moyens, du renseignement, une chaîne de commandement efficace, une coordination entre les différentes unités et une stratégie durable de reconquête et de sécurisation des territoires.
Une exigence de résultats
Le massacre de Kenscoff ne doit pas être considéré comme un simple épisode supplémentaire de la crise sécuritaire. Il constitue un nouveau signal d’alarme pour l’État haïtien.
La population attend désormais des résultats concrets : protéger les vies, sécuriser les zones menacées, empêcher les groupes armés de se déplacer librement et rendre l’autorité de l’État effective sur l’ensemble du territoire.
Au-delà des personnes et des institutions, c’est donc toute la stratégie nationale de sécurité qui doit être réévaluée.
Le débat autour du leadership de la PNH, de la responsabilité du gouvernement Fils-Aimé et de l’éventuelle contribution de responsables comme Jacques Ader mérite désormais d’être mené sur la base des résultats obtenus sur le terrain.
NB : Le nombre exact de victimes du massacre de Kenscoff demeure provisoire et pourrait encore évoluer.




