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Prison civile des Gonaïves sous les eaux : l’urgence humanitaire relance l’appel à reconstruire un établissement détruit depuis 2004

La pluie a transformé ce mercredi 2 septembre 2026, la prison civile des Gonaïves en un véritable piège pour les détenus. Après plusieurs heures de fortes précipitations sur la ville, l’eau a envahi plusieurs espaces de l’établissement, mettant à rude épreuve des personnes déjà confrontées à des conditions de détention extrêmement précaires.

Sur place, le constat est alarmant. Une pompe tente de rejeter l’eau à l’extérieur de la prison, mais la cour elle-même est envahie. À l’intérieur, des détenus sont contraints de retirer l’eau des salles afin de limiter les dégâts.

La situation touche également le greffe de la prison. Des documents administratifs se retrouvent exposés aux eaux, faisant craindre leur détérioration. Dans certaines salles, des gallons flottent littéralement à la surface de l’eau. L’image est saisissante : dans cet espace censé assurer la détention et la sécurité, l’eau a pris possession des lieux.

« Nou pa kapab ankò » : le cri d’alarme des détenues

Les femmes détenues n’échappent pas à cette situation. Leurs cellules sont également touchées par les eaux, alors que les besoins de première nécessité restent criants.

Une détenue, s’exprimant depuis l’intérieur de la prison, lance un appel désespéré :

« N ap rele anmwey, nou pa gen dra pou nou kouvri, tout mouye. Kilòt ak souvètman nou yo pase anba dlo. Nou pa kapab ankò. »

Au-delà de l’inondation, c’est donc une situation de grande vulnérabilité qui se révèle. Les détenus manquent de moyens essentiels et doivent désormais composer avec l’eau, l’humidité et des conditions d’hébergement qui se dégradent davantage avec chaque épisode de fortes pluies.

Une prison sans moyens suffisants pour assurer sa propre sécurité

Le commissaire principal du commissariat des Gonaïves, M. Desarmées Sylphat, était présent sur les lieux pour constater la situation.

La question de la sécurité demeure également préoccupante. L’établissement ne dispose pas, selon les constats effectués sur place, de moyens humains suffisants de la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP) et d’autres structures normalement impliquées dans la sécurisation des centres de détention.

Dans ces circonstances, une partie importante de la charge sécuritaire repose sur les policiers du commissariat des Gonaïves.

Des agents étaient déployés sur place afin de maintenir l’ordre, de surveiller la situation et de prévenir d’éventuels affrontements entre détenus alors que les conditions de vie devenaient particulièrement difficiles.

L’OPC constate la situation

Le directeur départemental de l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) dans l’Artibonite, Me Eugène Exilhomme a également été constaté sur les lieux.

Sa présence intervient alors que la situation pose des questions urgentes relatives aux conditions de détention, à l’accès aux besoins fondamentaux et à la protection des personnes privées de liberté.

Pour les responsables et observateurs présents, l’épisode de ce mercredi constitue une nouvelle illustration de la fragilité des infrastructures pénitentiaires des Gonaïves.

Reconstruire avant une nouvelle catastrophe

L’inondation de ce mercredi ne devrait pas être considérée comme un simple incident lié aux intempéries. Elle met en lumière un problème beaucoup plus ancien : l’absence d’une véritable infrastructure pénitentiaire adaptée aux besoins de la quatrième ville d’Haïti.

La reconstruction d’une prison civile moderne aux Gonaïves apparaît ainsi comme une urgence. Il ne s’agit pas seulement de construire des murs, mais de créer un établissement capable de garantir la sécurité, l’hygiène, la dignité et les conditions minimales nécessaires aux personnes privées de liberté.

Une prison détruite il y a plus de deux décennies

Cette crise ramène à une histoire plus ancienne, presque oubliée.

La prison civile des Gonaïves a été complètement détruite en février 2004, dans le contexte des événements qui ont marqué le départ du président Jean-Bertrand Aristide. Des rapports sur le système carcéral haïtien indiquent que sa destruction avait laissé la juridiction des Gonaïves sans véritable prison fonctionnelle. 

Plus de vingt ans plus tard, le problème demeure.

En 2004, c’est le feu et la violence qui avaient emporté la prison. En 2026, c’est l’eau qui rappelle brutalement que la question de sa reconstruction n’a jamais été véritablement réglée.

Et derrière les murs fragilisés, ce sont aujourd’hui des hommes et des femmes détenus qui lancent le même cri :

« Nou pa kapab ankò ».

La question n’est donc plus seulement de savoir comment évacuer l’eau de la prison. Elle est de savoir jusqu’à quand les Gonaïves devront attendre une prison digne de ce nom.

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