
Dans un contexte politique marqué par l’incertitude, la lassitude populaire et l’aggravation de la crise sécuritaire, plusieurs pôles politiques et organisations de la société civile ont officiellement lancé, ce mardi 6 janvier 2026 aux Gonaïves, l’Opération 7/7, une initiative de mobilisation citoyenne visant à exiger la remise du pouvoir par les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), accusés d’incapacité à répondre aux aspirations fondamentales de la population haïtienne.
Cette opération, qui se veut pacifique, continue et coordonnée, intervient à un moment charnière de la transition politique, alors que le 7 février 2026, date symbolique dans l’histoire constitutionnelle du pays, est désormais présenté par plusieurs acteurs comme une échéance incontournable pour la fin du mandat du CPT.
Une mobilisation née du ras-le-bol populaire

Pour les initiateurs de l’Opération 7/7, la transition en cours a failli à sa mission première : rétablir la sécurité, relancer l’économie, apaiser le climat social et créer les conditions crédibles pour l’organisation d’élections démocratiques.
La montée en puissance des groupes armés, l’effondrement des services publics, la cherté de la vie et l’absence de perspectives politiques claires ont accentué la défiance populaire envers les autorités de transition.
Selon John Kely Cénat, coordonnateur général de l’Accord historique du 14 août et membre du Comité de pilotage du Consensus politique pour le redressement national et la réorientation de la transition, l’Opération 7/7 est l’expression d’un malaise profond.
« Operasyon 7/7 la se kote rankont yo ap kontinye avèk diferan espas refleksyon paske 7 fevriye manda KPT a ap fini », a-t-il déclaré, soulignant que cette initiative dépasse le cadre d’une simple manifestation ponctuelle.
L’Accord historique du 14 août comme socle politique
L’Opération 7/7 s’inscrit directement dans la continuité de l’Accord historique du 14 août, document politique majeur intitulé « Consensus politique pour le redressement national et pour la réorientation de la transition », signé par plusieurs forces politiques et sociales.
Ce texte propose une architecture institutionnelle dite bicéphale, fondée sur une séparation claire des responsabilités exécutives, avec la mise en place :
- d’un président de consensus,
- d’un premier ministre de consensus,
- d’un gouvernement de réouverture,
- et d’une structure de contrôle chargée de veiller à la transparence et à l’efficacité de la transition.
L’accord prévoit explicitement que le 7 février 2026 marque l’installation de cette nouvelle configuration politique, avec pour priorités le rétablissement de la sécurité nationale, la réforme institutionnelle et l’organisation d’élections crédibles.
Selon les signataires, le nom du nouveau président de consensus devra être rendu public au plus tard le 26 janvier 2026, afin de permettre une transition ordonnée.
Une pression citoyenne structurée et progressive

Contrairement aux mouvements spontanés souvent observés dans le passé, les initiateurs de l’Opération 7/7 affirment vouloir privilégier une stratégie structurée, progressive et disciplinée.
John Kely Cénat insiste sur le caractère permanent de la mobilisation :
« Operasyon 7/7 pa yon aksyon izole. Se yon presyon sitwayen ki pral fèt chak jou, chak semèn, jiskaske tranzisyon an pran bon chimen oubyen li remèt pouvwa a», a-t-il martelé devant plusieurs centaines de participants.
Il précise que cette dynamique repose sur des rencontres politiques, des forums de réflexion, des actions citoyennes symboliques et une mobilisation territoriale coordonnée à l’échelle nationale.
Gonaïves, une ville hautement symbolique
Le choix des Gonaïves pour le lancement officiel de l’Opération 7/7 n’est pas anodin. Ville de l’Indépendance, la cité est perçue par les organisateurs comme un symbole historique de résistance, de dignité et de réveil citoyen.
Pour les leaders du mouvement, il était impensable que les Gonaïves restent en marge d’une mobilisation nationale visant à redéfinir l’avenir politique du pays.
« Gonaïves se pa nenpòt vil. Se isit la Ayiti te pran nesans li. Si se pou gen yon leve kanpe konsyan, li nòmal pou li kòmanse isit la », confie un militant présent à l’activité.
Le CPT de plus en plus contesté
Au cœur des revendications de l’Opération 7/7 figure une remise en question frontale du Conseil Présidentiel de Transition. Pour ses détracteurs, le CPT a progressivement perdu toute légitimité populaire, faute de résultats tangibles.
Les organisateurs estiment que la prolongation du statu quo ne ferait qu’aggraver la crise multidimensionnelle que traverse le pays.
« Pèp la pa ka kontinye ap tann. Sekirite pa la, lavi a chè, enstitisyon yo paralize. CPT a montre li pa kapab », affirme John Kely Cénat.
Des dispositions déjà en préparation

L’avocat Me Luc Occera, également impliqué dans les discussions autour de l’Accord Historique du 14 août, a annoncé que des dispositions concrètes ont déjà été envisagées pour le remplacement des membres du CPT par un président de consensus, conformément aux termes du document politique.
Selon lui, les mécanismes juridiques et politiques nécessaires sont en cours de finalisation afin d’éviter toute rupture brutale de l’ordre institutionnel.
Cette approche vise à rassurer les partenaires nationaux et internationaux quant à la volonté des acteurs signataires de privilégier une sortie de crise responsable, encadrée et conforme à l’intérêt supérieur de la nation.
Une mobilisation pacifique, mais déterminée
Les responsables de l’Opération 7/7 insistent sur le caractère non violent de la mobilisation. Ils appellent la population à rester vigilante, disciplinée et à ne pas céder aux provocations.
Toutefois, ils préviennent que la pression citoyenne ira crescendo si aucune réponse politique claire n’est apportée par les autorités de transition.
« Nou pa vin chèche dezòd. Men nou pap sispann mete presyon tant ke pèp la pa jwenn yon solisyon serye», prévient un membre du comité d’organisation.
Une unité encore fragile
Malgré l’adhésion de plusieurs pôles politiques et organisations citoyennes, les observateurs soulignent que le succès de l’Opération 7/7 dépendra largement de la capacité des forces engagées à maintenir une unité d’action durable.
Les divisions historiques du paysage politique haïtien constituent un défi majeur pour toute initiative de rassemblement national.
Néanmoins, les promoteurs du mouvement se disent confiants, estimant que la gravité de la situation actuelle impose un dépassement des clivages traditionnels.
Vers une nouvelle phase de la transition ?
À l’approche du 7 février 2026, l’Opération 7/7 pourrait bien marquer un tournant décisif dans la transition politique haïtienne. Entre attentes populaires, pressions citoyennes et négociations en coulisses, les prochaines semaines s’annoncent déterminantes.
L’évolution de cette initiative dépendra autant de la réaction du CPT que de la capacité des forces politiques et sociales à transformer la mobilisation en une alternative crédible, inclusive et durable.
Une chose est certaine : à partir des Gonaïves, la contestation de la transition actuelle a désormais un nom, une stratégie et une date de référence. Le compte à rebours vers le 7 février est lancé.





