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Haïti : l’ANR fustige la gouvernance du CPT et plaide pour une sortie de crise inclusive

L’Alliance Nationale de Rupture (ANR) critique le Conseil présidentiel de transition (CPT) après plus de 20 mois au pouvoir, dénonçant l’échec sur la sécurité, les routes et le référendum. Junior Moschino Remy affirme que le peuple souffre tandis que les dirigeants célèbrent. L’ANR appelle à l’inclusion des femmes et des organisations exclues de l’accord du 3 avril 2023 et propose un nouveau consensus pour assurer la continuité de l’État.

L’Alliance Nationale de Rupture (ANR) a dressé un réquisitoire sévère contre le Conseil présidentiel de transition (CPT) lors d’une conférence de presse tenue le vendredi 19 décembre 2025. Devant des journalistes et des représentants d’organisations de la société civile, les dirigeants de cette plateforme politique ont dénoncé ce qu’ils qualifient d’« échec total » de la transition politique, plus de vingt mois après l’installation du CPT à la magistrature suprême de l’État.

Selon l’ANR, les objectifs fondamentaux assignés à la transition n’ont pas été atteints, notamment en matière de sécurité, de gouvernance, de réformes institutionnelles et de préparation du retour à l’ordre constitutionnel. Le ton employé par les intervenants a été particulièrement critique, reflétant une profonde frustration face à l’aggravation de la crise multidimensionnelle que traverse le pays.

Prenant la parole au nom de l’Alliance, Junior Moschino Remy n’a pas mâché ses mots. Il estime que le bilan du CPT est inexistant, voire négatif, et accuse les dirigeants de la transition d’avoir perdu toute connexion avec les réalités vécues par la population. « Aprè 20 mwa pa gen wout ki debloke, pa gen referandòm, pa gen sekirite, mizè a ogmante », a-t-il déclaré, insistant sur l’absence de résultats concrets malgré le temps écoulé.

Pour l’ANR, la question sécuritaire demeure l’échec le plus criant du CPT. Les violences armées continuent de s’étendre, les gangs contrôlent de vastes portions du territoire, et la population reste exposée aux enlèvements, aux assassinats et aux déplacements forcés. Junior Moschino Remy a dénoncé ce qu’il considère comme une indifférence coupable des autorités de transition face à la souffrance populaire. « Pandan pèp la ap mouri anba bal bandi, prezidan nou yo ap bwè chanpay, y ap fete », a-t-il affirmé, provoquant une vive réaction dans la salle.

Ces propos traduisent le sentiment d’abandon ressenti par une grande partie de la population, selon l’ANR, qui estime que les dirigeants de la transition ont failli à leur devoir fondamental de protéger les citoyens et de restaurer l’autorité de l’État. L’organisation considère que le CPT s’est éloigné de sa mission initiale et qu’il s’est enfermé dans une logique de gestion politique sans vision ni résultats.

Au-delà de la sécurité, l’Alliance Nationale de Rupture reproche également au CPT son incapacité à engager des réformes institutionnelles majeures. L’organisation rappelle que la transition devait notamment ouvrir la voie à un référendum constitutionnel et à l’organisation d’élections crédibles. Or, selon ses dirigeants, aucun calendrier clair ni aucune avancée significative n’ont été présentés à la nation. Cette absence de perspective renforce, selon eux, la crise de confiance entre les citoyens et les autorités.

La question de l’inclusion a également occupé une place centrale lors de cette conférence. L’ANR a plaidé pour une participation plus large et plus équilibrée des forces sociales et politiques dans la recherche de solutions durables à la crise. À ce titre, l’inclusion des femmes a été présentée comme une condition indispensable à toute sortie de crise crédible.

Eliassaint Bettia, conseillère juridique de l’Alliance, a insisté sur le rôle fondamental des femmes dans la reconstruction nationale. « Pa gen demokrasi ni devlopman san fanm », a-t-elle déclaré, appelant à dépasser les discours symboliques pour garantir une participation effective des femmes dans les instances de décision. Selon elle, exclure ou marginaliser les femmes dans le processus politique revient à compromettre toute perspective de stabilité et de développement.

L’ANR estime que les femmes, en tant qu’actrices majeures de la société, doivent être pleinement associées à l’élaboration des politiques publiques, notamment dans les domaines de la gouvernance, de la sécurité et du développement social. Cette position s’inscrit dans une critique plus large de la transition actuelle, accusée de reproduire des schémas d’exclusion et de concentration du pouvoir.

Dans la même logique, Wilfrid Michel a plaidé pour une inclusion politique plus large, en particulier en faveur des organisations et structures qui n’ont pas signé l’accord du 3 avril 2023, document à la base de la mise en place du CPT. Selon lui, cet accord ne saurait constituer le socle exclusif de la gouvernance transitoire, au risque d’exclure une partie significative des forces vives du pays.

Wilfrid Michel estime que la transition ne peut réussir sans une représentation équitable de la diversité politique et sociale. Il a exigé que toutes les organisations non signataires de l’accord du 3 avril soient intégrées dans les discussions nationales, afin de corriger ce qu’il qualifie de « déficit de légitimité » du CPT. Pour lui, la stabilité passe par un dialogue inclusif et sincère, et non par des arrangements politiques limités à un cercle restreint d’acteurs.


De son côté, Richardson Étienne, coordonnateur général de l’Alliance Nationale de Rupture, a proposé une approche qu’il présente comme pragmatique et orientée vers la continuité de l’État. Il a appelé à une médiation entre les différents accords politiques existants afin de dégager un nouveau consensus national. Cette médiation, selon lui, devrait permettre de redéfinir les bases de la transition et de restaurer une certaine cohérence institutionnelle.

Toutefois, Richardson Étienne a précisé que cette démarche de consensus exclurait systématiquement les acteurs ayant signé l’accord du 3 avril 2023. Une position assumée par l’ANR, qui considère cet accord comme illégitime et responsable de l’impasse actuelle. Selon lui, « il faut repartir sur de nouvelles bases », en s’appuyant sur des forces politiques et sociales non compromises par ce qu’il décrit comme un échec collectif.


Cette proposition reflète la volonté de l’ANR de rompre avec les mécanismes actuels de la transition et de promouvoir une refondation du processus politique. L’Alliance affirme que seule une rupture claire avec les pratiques du passé permettra de rétablir la confiance, de renforcer l’autorité de l’État et de créer les conditions d’un retour durable à l’ordre constitutionnel.

En conclusion, la conférence de presse de l’Alliance Nationale de Rupture a mis en lumière une contestation de plus en plus structurée du Conseil présidentiel de transition. À travers des critiques virulentes, des revendications d’inclusion et des propositions alternatives, l’ANR se positionne comme un acteur déterminé à peser dans le débat national. Reste à savoir si ces appels seront entendus dans un contexte marqué par la fragmentation politique, l’insécurité persistante et une crise de gouvernance qui continue de fragiliser l’État et la société.

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