
L’Association Nationale des Patrons des Médias en Ligne (ANAPAMEL) exprime de vives inquiétudes face au décret publié le 31 décembre 2026 dans Le Moniteur par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), relatif aux délits de presse et de communication. Dans un communiqué officiel rendu public le mardi 20 janvier 2026, l’organisation patronale des médias en ligne dénonce un texte qu’elle considère comme une menace directe à la liberté d’expression et à l’exercice du journalisme en Haïti.
Selon l’ANAPAMEL, le décret a été adopté sans consultation préalable des acteurs du secteur des médias, en contradiction avec les principes de gouvernance participative et de dialogue institutionnel. L’association estime que cette démarche unilatérale fragilise davantage un secteur déjà éprouvé par l’insécurité, la précarité économique et les pressions politiques.
Une criminalisation du travail journalistique
Au cœur des préoccupations de l’ANAPAMEL figure la pénalisation de certaines pratiques journalistiques. Le décret prévoit notamment des peines de prison pour des infractions telles que la diffamation, l’injure ou la diffusion de prétendues « fausses nouvelles ».
Pour l’organisation, ces dispositions constituent une criminalisation du travail journalistique et vont à l’encontre de l’esprit de la Constitution haïtienne ainsi que des conventions internationales ratifiées par Haïti, lesquelles garantissent la liberté d’expression et la liberté de la presse.
L’ANAPAMEL souligne que le journalisme, par nature, repose sur la recherche, la vérification et la diffusion d’informations d’intérêt public, et qu’il ne saurait être assimilé à un acte criminel lorsque ces principes sont respectés.
Des notions floues sources d’arbitraire
Un autre point fortement critiqué par l’association concerne l’utilisation de notions jugées vagues et imprécises dans le texte du décret. L’ANAPAMEL avertit que ces formulations ouvrent la voie à des interprétations arbitraires et à une possible instrumentalisation de la loi contre les médias critiques.
« Les notions floues utilisées dans le décret ouvrent la voie à l’arbitraire et à l’intimidation des médias critiques », souligne l’organisation dans son communiqué. En renforçant excessivement la protection pénale des autorités publiques, le décret risquerait, selon elle, d’affaiblir la mission de veille démocratique de la presse, pilier essentiel de tout État de droit.
Un contexte déjà fragile pour la presse haïtienne
Cette prise de position intervient dans un contexte particulièrement difficile pour les médias haïtiens, confrontés à des menaces sécuritaires, à des pressions économiques et à des contraintes logistiques croissantes. Plusieurs journalistes ont été contraints à l’exil ces dernières années, tandis que d’autres exercent leur métier dans des conditions précaires.
Dans ce climat, l’ANAPAMEL estime que toute réforme du cadre légal de la presse devrait viser à renforcer la protection des journalistes et à promouvoir un environnement favorable à l’information libre et responsable, plutôt que d’introduire des mécanismes perçus comme répressifs.
Un appel au dialogue et à la suspension du décret
Face à cette situation, l’ANAPAMEL appelle les autorités à suspendre les articles qu’elle qualifie de liberticides et à ouvrir sans délai un dialogue inclusif avec les organisations de médias.
L’objectif, selon l’association, est de parvenir à un cadre légal équilibré, capable de concilier la responsabilité des médias avec la protection effective de la liberté de la presse et du droit du public à l’information.
Dans son communiqué, signé par Jodelin Beau, président national ai de l’ANAPAMEL, l’organisation réaffirme son attachement à une presse libre, responsable et indépendante, considérée comme un levier fondamental de la démocratie et de la transparence en Haïti.
Une interpellation adressée aux autorités
Par cette sortie publique, l’ANAPAMEL interpelle directement le Conseil Présidentiel de Transition et l’ensemble des autorités concernées, les invitant à reconsidérer un décret qui, selon elle, risque d’aggraver la méfiance entre l’État et les médias.
L’association prévient que le respect des libertés fondamentales, en particulier celle de la presse, demeure une condition essentielle pour toute transition politique crédible et inclusive. Elle appelle enfin la société civile, les organisations de défense des droits humains et les partenaires internationaux à rester vigilants face à toute initiative susceptible de restreindre l’espace démocratique.





