
L’organisation Zanfan Tradisyon Ayisyen (ZANTRAY Nasyonal) a publié un communiqué de presse d’une rare fermeté pour dénoncer et condamner ce qu’elle qualifie de « crime odieux, inhumain et criminel », perpétré récemment dans la localité de Beaumont, dans le département de la Grand’Anse. Les faits rapportés font état d’une attaque collective d’une violence extrême contre Mambo Benadette, prêtresse vodou reconnue, ainsi que plusieurs membres de sa famille, violemment agressés à coups de machette sous le prétexte infondé qu’ils seraient des « lougawou ».
Selon ZANTRAY National, cet acte dépasse le cadre d’un simple fait divers pour s’inscrire dans une longue histoire de persécutions, de préjugés et de violences dirigées contre les pratiquants du Vodou en Haïti. L’organisation y voit une atteinte grave aux droits humains fondamentaux, à la dignité humaine et à la paix sociale.
Un acte qualifié de crime barbare et inacceptable
Dans son communiqué, ZANTRAY Natioonal ne mâche pas ses mots. Elle parle d’un « zak baba, inimen ak kriminèl », soulignant que l’agression de Mambo Benadette et de sa famille constitue une violation flagrante du droit à la vie et à la sécurité. Pour l’organisation, aucune croyance, aucun soupçon, aucune rumeur ne peut justifier une telle déferlante de violence.
« Zak sa a se yon krim odye, imilyan, epi inakseptab, ki vyole dwa fondamantal moun epi ki sal diyite imen », déclare ZANTRAY National, dénonçant une pratique de justice populaire qui rappelle les périodes les plus sombres de l’histoire récente du pays.
Les informations disponibles indiquent que les victimes ont été ciblées uniquement en raison de leur statut de pratiquants du Vodou, une religion pourtant reconnue officiellement par l’État haïtien depuis 2003. Cette réalité renforce, selon ZANTRAY, le caractère discriminatoire et idéologique de l’agression.
Une attaque contre le Vodou et les traditions haïtiennes
Pour ZANTRAY National, ce crime ne vise pas uniquement des individus, mais constitue une attaque directe contre le Vodou haïtien, pilier essentiel de l’identité culturelle et spirituelle du peuple haïtien. L’organisation estime que de tels actes alimentent la stigmatisation des vodouisants et fragilisent la cohésion sociale.
« ZANTRAY NASYONAL konsidere zak sa yo kòm yon atak dirèk kont pratik Vodou Ayisyen an, kont moun k ap viv tradisyon yo, epi kont lapè sosyal », souligne le communiqué.
Depuis plusieurs décennies, les leaders vodou et les organisations culturelles alertent sur la persistance de préjugés hérités de la colonisation et renforcés par certains discours religieux ou idéologiques. Ces préjugés, lorsqu’ils ne sont pas combattus par l’éducation et la justice, peuvent conduire à des actes de violence extrême, comme celui survenu à Bomon.
Un appel pressant à la justice et aux autorités
Face à la gravité des faits, ZANTRAY Nasyonal appelle les autorités judiciaires et policières à agir sans délai. L’organisation lance un appel formel au Commissaire du Gouvernement près le tribunal de première instance de Jérémie, ainsi qu’à l’ensemble des autorités judiciaires et policières compétentes, afin que l’action publique soit engagée immédiatement.
ZANTRAY exige que tous les individus impliqués, directement ou indirectement, soient identifiés, arrêtés, jugés et sanctionnés conformément aux lois de la République d’Haïti. Pour l’organisation, seule une réponse judiciaire ferme et exemplaire peut prévenir la répétition de tels crimes.
« Silans oswa enpinite ta vle di konplisite », avertit ZANTRAY National, insistant sur la responsabilité de l’État de garantir la protection de tous les citoyens, sans distinction de croyance ou d’appartenance culturelle.
Le spectre des violences passées ressurgit
Dans son communiqué, ZANTRAY National établit un parallèle explicite entre ce crime et les violences subies par les vodouisants durant les périodes de “dechoukay”, marquées par des lynchages, des destructions de temples et des assassinats ciblés.
L’organisation estime qu’il est totalement inacceptable que de telles pratiques refassent surface dans la société haïtienne contemporaine. Elle met en garde contre un retour à des logiques de haine et d’exclusion qui menacent le vivre-ensemble et l’État de droit.
Pour de nombreux observateurs, l’affaire de Beaumont révèle également la fragilité de certaines communautés rurales, où l’absence de l’État, la pauvreté et l’ignorance peuvent favoriser l’émergence de violences collectives basées sur la rumeur et la peur.
Un signal alarmant pour les vodouisants d’Haïti et de la diaspora
ZANTRAY National considère ce crime comme un signal alarmant et dangereux envoyé à l’ensemble des vodouisants, tant en Haïti qu’au sein de la diaspora. L’organisation craint que l’absence de sanctions n’encourage d’autres actes similaires ailleurs dans le pays.
Elle appelle ainsi les organisations de défense des droits humains, les institutions culturelles, les leaders communautaires et religieux, ainsi que la société civile dans son ensemble, à se mobiliser contre toutes les formes de violence, de stigmatisation et de discrimination.
Un engagement réaffirmé pour la dignité humaine
Malgré l’horreur des faits, ZANTRAY National réaffirme son engagement à poursuivre le combat pour la défense de la vie, de la dignité et des droits de tous. L’organisation se positionne comme une voix de résistance face à l’intolérance et à la barbarie, rappelant que la diversité culturelle et spirituelle constitue une richesse pour la nation haïtienne.
« ZANTRAY NASYONAL rete kanpe fèm nan defans lavi, diyite, ak dwa tout moun », conclut le communiqué, tout en réitérant son opposition à toute forme de violence fondée sur les croyances.
« Jistis dwe fèt. Lalwa dwe pale. »
En guise de conclusion, ZANTRAY Nasyonal lance un message clair et sans équivoque : la justice doit être rendue et la loi doit s’appliquer. Pour l’organisation, seule une réponse ferme des institutions permettra d’honorer la mémoire des victimes, de protéger les survivants et de restaurer la confiance dans l’État de droit.
Le communiqué est signé par Pinchinat Gregory, responsable de la communication de ZANTRAY National, et Archile Mezandieu, porte-parole national et directeur de cabinet du président de l’organisation. Par cette prise de position publique, ZANTRAY entend non seulement dénoncer un crime, mais aussi interpeller la conscience collective d’une nation appelée à choisir entre l’impunité et la justice.





