
Université Publique de l’Artibonite aux Gonaïves (UPAG) a vécu, le vendredi 27 février 2026, un moment fort de son calendrier académique. Dans la cour principale de l’institution, transformée pour l’occasion en véritable scène à ciel ouvert, les étudiantes et étudiants de deuxième année de la Faculté des Sciences Infirmières (FASI) ont participé à la traditionnelle cérémonie de prise de coiffe et d’habits de la promotion Martha Rogers 2024-2028.
L’événement, marqué par une atmosphère à la fois solennelle et festive, symbolise l’entrée formelle des étudiants dans la phase clinique de leur formation. Au-delà de l’esthétique des tenues et de l’émotion palpable, cette journée consacre surtout un passage vers la responsabilité professionnelle.
Une cérémonie à forte portée symbolique

Avant la remise officielle des coiffes et des uniformes, une cérémonie religieuse a été organisée à la cathédrale du Souvenir des Gonaïves, rassemblant étudiants, parents, enseignants et membres de l’administration. Cette étape spirituelle, inscrite dans la tradition universitaire locale, a permis de placer la nouvelle cohorte sous le signe de l’engagement, de l’éthique et du service à la communauté.

Dans la cour de l’UPAG, décorée aux couleurs de la promotion, les étudiants en uniforme blanc ont défilé sous les applaudissements nourris du public. Pour les familles, venues de plusieurs communes du département de l’Artibonite, ce moment représentait l’aboutissement d’un premier cycle d’efforts et de sacrifices.
50 étudiants admis en deuxième année

Dans une entrevue exclusive, la doyenne de la FASI, Wilnia Dorvilier, infirmière praticienne de famille, a livré des chiffres qui traduisent la rigueur du parcours académique.
« 50 étudiants ont pris part à cette cérémonie, dont 46 filles et 4 garçons », a-t-elle précisé avant d’ajouter : « Etidyan yo pare pou ale fè estaj nan enstitisyon sanitè yo ».
À travers cette déclaration, la doyenne a rappelé la signification profonde de la prise de coiffe : l’autorisation institutionnelle d’intégrer les stages dans les structures sanitaires hôpitaux, centres de santé et cliniques où les étudiants seront confrontés aux réalités du terrain.

Elle n’a pas manqué de souligner la sélectivité du cursus. En première année, ils étaient plus d’une centaine. Mais le passage en deuxième année a été marqué par un processus d’évaluation exigeant.
« Se pi jis yo ki sove paske selon regleman enstitisyon an depi ou pa pase nan premyè ane ou deyò », a-t-elle déclaré, rappelant la règle académique stricte qui encadre la progression des étudiants.
Cette affirmation met en lumière une politique de qualité assumée par la faculté : garantir que seuls les étudiants ayant validé les compétences fondamentales poursuivent leur formation clinique.
Des infrastructures modernisées pour une formation plus performante
Au-delà de l’aspect cérémonial, l’administration universitaire a mis en avant les avancées réalisées en matière d’infrastructures pédagogiques.
« Nou gen yon bèl sal demonstrasyon ki byen ekipe kounia ak anpil nouvo materyèl nou gen ki pral pèmèt etidyan nou yo vin pi pèfòman », a indiqué la doyenne Dorvilier.
Cette salle de démonstration, équipée de mannequins médicaux, de matériels de simulation et d’outils didactiques modernes, vise à renforcer l’apprentissage pratique avant l’exposition directe aux patients. Dans un contexte où le système de santé haïtien est soumis à de fortes contraintes, la capacité des institutions de formation à produire des professionnels compétents constitue un enjeu stratégique.
La doyenne a également mis en avant la performance des étudiants de l’UPAG aux examens d’État :

« M panse nou konnen sa tou pami 168 etidyan ki pase pou egzamen Leta, nou gen 100 ladan yo ».
Ce chiffre, représentant une proportion significative de candidats issus de l’université, témoigne selon elle de la crédibilité académique de la FASI et de l’investissement du corps professoral.
Un devoir accompli pour l’administration

De son côté, le Recteur de l’UPAG, ManéJacques Dodat Jean, a adopté un ton mesuré, privilégiant la notion de responsabilité institutionnelle.
« Se pa yon satisfaksyon men se yon santi devwa ki akonpli », a-t-il déclaré, soulignant que la mission de l’université dépasse la simple célébration d’événements académiques.
Il a rappelé les efforts consentis pour améliorer les conditions d’apprentissage, notamment grâce à des financements externes.
« Nou te resevwa fon ki soti nan FNE pou konstwi laboratwa nou rive fè yo jan sa te planifye a », a-t-il précisé.
Le Fonds National de l’Éducation (FNE) a en effet contribué au développement des infrastructures de l’université. Parmi les acquisitions réalisées figurent 150 chaises métalliques, quatre bureaux administratifs, ainsi que deux batteries de 30 kW accompagnées de panneaux solaires.
Grâce à ces installations, l’UPAG dispose désormais de 48 kW d’énergie propre et renouvelable. Cette autonomie énergétique partielle représente un atout considérable dans un contexte national marqué par l’instabilité du réseau électrique.
Vers une pédagogie expérimentale
Les nouveaux laboratoires scientifiques constituent l’un des piliers de la stratégie académique de modernisation. Le recteur a insisté sur la nécessité de dépasser l’enseignement théorique traditionnel :
« Depi anpil tan se sou tablo, n ap fè chimi, fizik ak biyoloji men ak laboratwa yo nou pral pase nan yon faz eksperimantasyon ».
Ce passage d’une pédagogie essentiellement magistrale à une approche expérientielle devrait permettre aux étudiants de développer des compétences analytiques et techniques plus solides. En sciences infirmières comme dans d’autres disciplines, la maîtrise des protocoles expérimentaux et des manipulations en laboratoire est essentielle pour assurer une pratique clinique sécurisée et fondée sur des données probantes.
Contraintes budgétaires et nouvelles orientations
Malgré ces avancées, le Recteur n’a pas dissimulé les contraintes financières auxquelles l’université demeure confrontée. Les ambitions d’expansion académique ont été freinées par des limitations budgétaires, rendant difficile l’ouverture immédiate de nouvelles facultés.
Toutefois, plutôt que de multiplier les structures, l’administration envisage une réorientation stratégique vers des filières techniques directement liées aux besoins socio-économiques du département de l’Artibonite. Parmi les projets à l’étude figure la création d’une École de pêches, destinée à former des techniciens spécialisés dans la pêche et la construction de bateaux.
Cette initiative s’inscrit dans une logique de développement territorial intégré. L’Artibonite, région à fort potentiel agricole et maritime, pourrait bénéficier d’une main-d’œuvre qualifiée apte à moderniser les pratiques et à stimuler l’économie locale.
Une promotion engagée
Pour les étudiants de la promotion Martha Rogers 2024-2028, la prise de coiffe marque un tournant psychologique autant qu’académique. Le port de l’uniforme blanc, symbole de pureté, de rigueur et de responsabilité, rappelle les exigences déontologiques de la profession infirmière.
Dans un pays où le système sanitaire est régulièrement mis à l’épreuve par des crises humanitaires, des épidémies et des catastrophes naturelles, la formation d’infirmiers qualifiés représente une priorité nationale. Les 50 étudiants admis en deuxième année porteront désormais la responsabilité de représenter leur institution dans les centres de stage.
La cérémonie s’est conclue par des prestations culturelles et des prises de photos, immortalisant ce moment charnière. Parents et enseignants ont exprimé leur fierté, conscients que cette étape constitue à la fois un aboutissement et le début d’un nouveau défi.
Un signal d’espoir pour l’enseignement supérieur public
À travers cette cérémonie, l’UPAG envoie un signal fort quant à sa volonté de consolider l’enseignement supérieur public en région. Les investissements dans les infrastructures, l’amélioration de l’offre pédagogique et la performance aux examens nationaux traduisent une dynamique de structuration institutionnelle.
Si les défis financiers persistent, l’engagement affiché par les responsables universitaires et l’enthousiasme des étudiants laissent entrevoir des perspectives encourageantes. La prise de coiffe 2026 ne se résume pas à un rituel académique : elle incarne l’espoir d’un système de santé renforcé par une nouvelle génération de professionnels formés avec rigueur, ancrés dans leur communauté et prêts à servir.
Pour les 50 futurs stagiaires de la FASI, le message est clair : la responsabilité commence maintenant.





